Marc-Edouard Nabe
le 18/11/2008 à 18h50
Il y a quelques temps, j'avais mentionné cet écrivain puis recevais, peu après, un mail me traitant de fasciste. Pourquoi pas, mais tâchons de développer ( me permettant par la même occasion de poursuivre ma petite série " portraits d'auteurs" ).
J'ai toujours trouvé déconcertant que d'aucuns ne sachent faire la nuance entre l'intérêt artistique ( littéral, pictural, etc ) que l'on peut porter à une oeuvre ou un artiste et ce que ce dernier pense ( politiquement, philosophiquement, etc ). L'exemple le plus convenu et éculé est Céline ( auteur d'une phrase qui m'osbède sans trop savoir pourquoi " L'amour, c'est l'infini mis à la portée des caniches." ).
Vous verrez que, de façon presque algébrique, quiconque aime les ouvrages de Céline devra se justifier auprès de son interlocuteur - qui lui aura rappelé les accointances nazillardes de Louis-Ferdinand - et montrer le blanc de sa patte en expliquant qu'il n'est pas nostalgique du jaune des étoiles funestes.
Très admiratif de la plume l'écrivain Marc-Edouard Nabe ( pour le topo bio : français né en 58, fils du jazzman greco-turco-italien Marcel Zanini ), je ne me sens pas pour autant dépositaire de ses pensées. Il me semble logique qu'il en aille de même pour toute approche artistique.
Ce qui m'intéresse foncièrement dans un artiste est ce qu'il a de singulier, quitte à sillonner des chemins empoisonnés et opposés aux miens.
A ce titre, Nabe est un écrivain squatteur d'extrême et, sans doute pour cela, méconnu du grand public. Ancien voisin de Michel Houellebecq ( qui lui a eu le succès que l'on connait ), Nabe s'est résigné à sa destinée de " worst-seller", de "loser" ( ces mots sont siens) des succès de librairies. Une trentaine de livres à son actif, il se consacre désormais principalement à l'édition de tracts gratuits, en réaction à l'actualité.

Sa route est " poético-politique" et, quand il n'est pas en Irak pour écrire un roman sur l'occupation américaine comme tentative de résistance individuelle, celui que Cohn-Bendit a défini comme " un anarchiste individualiste", a peu près inclassable politiquement, catholique et mystique, provocateur et redoutablement arrogant, écrit sa vie. Son approche ? Le terrorisme. Il pose chaque mot comme une charge explosive. Terrorisme littéraire ( on trouve aussi cette idée chez Ferré qui expliquait qu'un artiste, au moment de la création, est fatalement despotique ) mais qu'il prolonge sur le terrain de la pensée politique, en amorçant un livre sur le World Trade Center ( le premier sur le sujet ), en hommage à Oussama Ben Laden...
Auteur d'un journal intime de plusieurs volumes de milliers de pages, il a conceptualisé sa vie comme brouillon de son oeuvre. Approche qu'il formula de la sorte " Comme des papillons, je vais vous clouer sur mon liège, c'est à dire mon journal intime, et demain matin, vous ferez tous immortels pour moi."
Quelques phrases reprises de celles que j'ai soulignées en marge de ses bouquins :
* Il ne faut jamais avoir le sens de la mesure. Sauf en jazz.
* Il faudrait écrire des phrases comme on dresse des guillotines.
* Cinq cents ans après avoir découvert l'Amérique, il faudrait la recouvir.
* Faire l'amour est un superbe suicide du désir de l'homme qui va se donner la mort au fond de la femme tombale.
* Il ne peut exister de démocratie à dater du moment où on met un enfant au monde sans lui demander.
* On n'a plus envie de poser une bombe grosse comme un coeur si on a l'occasion de dire enfin tout ce qu'on avait dessus.
*Reconnaître une marge c'est encore accepter les corrections.
* Il faut dire que mes plaies donnent à penser.
* Comme il n'arrivait plus à trouver sa veine, il a fini par se les trancher toutes.
* Le soleil tout entier est désormais contenu dans le " O " du mot " Orient ". Celui d'" Occident" n'est plus qu'un Zéro.
* Question moi, je suis polygame.
* Je ne m'aime pas assez pour aimer mon prochain comme moi-même.
* Au fond, tout véritable artiste est un terroriste raté.
* Il y a quelqu'un de trop sur cette planète : je sais bien que ce n'est pas la planète.
* Dans mon sang, j'ai l'impression que flottent des petites lettres comme ces pâtes typographiques dont on a fait des soupes.
*Humanitaire et Militaire, ça rime, mais à rien !
* L'Acte de Ben Laden ne propose pas de solution. Il pose une question. Son geste trace dans l'Histoire un signe de ponctuation.
* Compter les morts un à un ne fait pas comprendre aux vivants ce qui les a tués.
* Israël doit s'écrire entre guillemets puisque c'est un Etat rajouté qui a besoin d'un mur auquel adosser sa réalité.
* Tu me plais ! dit-elle comme si, en m'embrassant, elle avait avalé notre vouvoiement, à jamais.
( Nombre de ses livres sont épuisés mais " Morceaux choisis" est une compilation de courts textes parmi sa bibliographie )
" Sdf + " /2
par Cmax le 16/11/2008 à 3h50

" Sdf + " Première partie
par Cmax le 14/11/2008 à 17h49

Bertrand Cantat, de retour
par Cmax le 13/11/2008 à 16h53
Leur site est saturé mais leurs deux nouveaux titres ( gratuits ) peuvent s'écouter ICI ( puis cliquer sur Afficher Lecteur ).
" Gagnants, perdants", une chanson sur l'actualité politique française et l'adaptation d'un texte de Jean-Baptiste Clément, " Le temps des cerises", chansonnier révolutionnaire du XIXe ( qui pris part à la Commune ).
Les charognards s'excitent déjà en hurlant à l'indécence et au lynchage. Les autres opteront pour la musique et la décence du silence qu'un drame amoureux impose.
Pont
par Cmax le 12/11/2008 à 23h11
Projet de couverture achevé.

Je viens de réaliser que je n'ai pas présenté ici la personne avec qui je travaille sur cette bd ( je l'ai déjà citée ici à quelques reprises ).
Michel Onfray, philosophe-écrivain français né en 1959, auteur d'une quarantaine d'ouvrages ( son plus connu étant " Le traité d'athéologie" ) et créateur de l'Université Populaire. C'est un espace d'enseignement de philosophie ( où personne ne paie ni n'est payé ), dans la lignée de celle qui vit le jour à la fin du XIXe, et qui avait pour but d'emmener la culture et la connaissance dans les couches les plus démunies de la société. Projet que l'on retrouve aussi chez l'anarchiste Bakounine qui, dans l'hypothèse que la connaissance est le vecteur de la liberté individuelle, souhaitait créer des universités gratuites, partant du principe que le savoir ne doit pas s'abaisser et se prostituer mais qu'il convient d'élèver ceux qui socialement y ont le moins accès à celui-ci.
La pensée d'Onfray manoeuvre dans les sillages hédonistes, conjugés aux facettes d'une gauche radicale libertaire, d'un athéisme des cîmes et d'une incitation au voyage. Le tout s'agenceant autour de ce qu'il conceptualise comme un "nietzschéisme de gauche", c'est à dire le fait de célébrer l'énergie et l'élan vital ( contrairement aux pulsions mortifères des religions ), l'existence de l'individu loin du grégaire et des troupeaux, le refus sans condition de toutes promesses immatérielles et l'esquisse de " se créer liberté", loin des dominations sociales, politiques ou divines ( qu'il étend également au rejet du mariage et du couple classique - selon la norme monothéiste millénaire-, sachant bien que ni le désir et l'amour ne peuvent, de fait, tenir leurs promesses ).
Partant du postulat qu'une pensée naît d'un corps ( d'où sa proposition d'un féminisme libertaire qui ne se base pas sur le refus des déterminismes du corps mais sur l'ajout de culture à la nature ) et d'un vécu, il préconise la biographie philosophique ( d'où notre projet sur Nietzsche ) et la cohérence entre la pensée théorisée et son application au quotidien. C'est dans cette optique qu'il se livre au travail autobiographique au détour de ses oeuvres ( chose à laquelle je suis très sensible, étant persuadé que les écrits ou les oeuvres artistiques n'ont, de manière générale, d'envergure que quand elles épousent le mot d'Antonin Artaud : " Là où d'autres proposent des oeuvres je ne prétends pas autre chose que de montrer mon esprit." ).
Enfant d'ouvrier agricole et de femme de ménage, il a subit les humiliations de l'exploitation des classes pauvres pliées sous les impératifs du marché et le sordide d'une éducation catholique en pensionnat.

Quelques extraits de ses bouquins pour finir :
" L'avoir est toujours une entrave quant à l'être : ce qu'on achète ne saurait véritablement avoir de valeur. La véritable richesse est l'autosuffisance, car on ne possède pas la richesse puisque c'est elle qui nous possède."
" Travailler, se marier, élever des enfants et défendre la patrie, voilà le programme vertueux que les Eglises, les Etats et les moralistes nous présentent comme idéal. Produire des richesses, des enfants, du nationalisme et de l'ordre : voilà de quoi occuper le citoyen modèle, celui qu'on décore et récompense de médailles pour bons et loyaux services rendus à l'entreprise, à l'usine, à l'Etat, à la Nation, à la démographie ou tout simplement à ce qu'on avance comme étant le pur et simple bon sens."
" Dieu célébré, l'homme divinisé n'ont produit, réellement, que l'aliénation et l'assujettissement, l'appauvrissement, l'amoindrissement des individus, leur sacrifice aux léviathans multiples."
" Le couple invente la giration répétitive du derviche touneur. Et interdit tout autre mouvement que les rotations sur place."
" S'épanouissent pratiquement dans notre civilisation occidentale inspirée par ces préceptes idéalistes, d'étranges et vénéneuses fleurs du mal : le mariage bourgeois, l'adultère qui accompagne toujours en contrepoint, la névrose familiale et familialiste, le mensonge et l'hypocrisie, le travestissement et la tromperie, le préjugé monogamique, la libido mélancolique, la féodalisation du sexe, la misogynie généralisée, la prostitution élargie, sur les trottoirs et dans les foyers assujettis à l'impôt sur les grandes fortunes."
" Habituellement ceux qui évoluent dans l'espoir ou le regret font de leur vie un vaste champ d'utopie ou un calvaire, ils oublient l'essentiel, à savoir qu'il n'existe que successions d'instants bruts et triomphants."

Thoreau
par Cmax le 10/11/2008 à 18h30
Aujourd'hui, dans une librairie, un inconnu m'a raconté sa vie. Il se présente à moi comme " un Clint Eastwood de l'ordre cosmique". Je n'ai pas bien compris le sens exact de la formule mais elle avait pour elle le mérite d'être singulière.
Sinon, un portrait de Thoreau ( je me permets de faire ici ce que j'aime bien voir ailleurs, c'est à dire d'essayer d'entraîner vers d'autres lignes de fuite que les préoccupations confinées à la seule bd ).
Essayiste, philosophe et poète américain du XIXe, on lui doit entre autres " De la désobéissance civile" ou " Walden, ou, La vie dans les bois" ( qui inspira Christopher McCandless, le personnage réel du film "Into The Wild" ou du livre "Voyage au bout de la solitude" de Krakauer ).
Comme Siné et Sartre durant la guerre d'Algérie qui exhortaient les français à déserter les drapeaux tricolores, comme les jeunes juifs israéliens qui optent avec brillance pour la prison plutôt que servir l'armée Tsahal, comme Mohammed Ali condamné à 10 000 dollars d'amende, 5 ans de prison et l'annulation de sa licence de boxe pour refuser de servir dans les troupes américaines au Vietnam ( " aucun Vietnamien ne m'a jamais traité de nègre " pour le bon mot ), Henry David Thoreau, pour protester contre un gouvernement esclavagiste et en guerre contre le Mexique, refusa de payer ses impôts et passa une nuit en prison ( sa tante, contre son gré, paya l'impôt sans l'avertir ).
Pour fuir la civilisation humaine, il est parti vivre deux ans dans la nature, en ermite.
Quelques phrases, comme de coutume :
# Soyez un Colomb pour de nouveaux continents et mondes entiers renfermés en vous, ouvrant de nouveaux canaux, non de commerce, mais de pensées.
# Dirige ton œil droit en toi, et vois
Mille régions en ton âme
Encore à découvrir. Parcours-les, et sois
Expert en cosmographie-du-chez-soi.
# Sous un gouvernement qui emprisonne injustement, la place de l'homme juste est aussi en prison.
# Je voulais vivre intensement et sucer la moelle de la vie. Et ne pas, quand je viendrai à mourir, découvrir que je n'aurai pas vécu.
Par d'autres
par Cmax le 09/11/2008 à 13h28
J'ai trouvé en Allemagne un recueil de tous les artistes allemands ayant travaillé sur Nietzsche ( ne comprenant rien à la langue j'en déduis qu'il s'agit de ça ). Je mets ici les oeuvres qui ont le plus retenu mon attention.

Cioran
par Cmax le 08/11/2008 à 23h28
Quand un humain m'a piqué - ce qui arrive arithmétiquement dès que l'on s'y frotte-, je m'en vais me consoler dans les pages du philosophe-écrivain roumain. Après quoi, je vais mieux.


# Ce que je sais à soixante, je le savais aussi bien à vingt. Quarante ans d'un long, d'un superflu travail de vérifications.
# Le problème de la responsabilité n'aurait de sens que si on nous avait consulté avant notre naissance et que nous eussions consenti à être précisément celui que nous sommes.
# On doit se ranger du côté des opprimés en toute circonstance, même quand ils ont tort, sans pourtant perdre de vue qu'ils sont pétris de la même boue que leurs oppresseurs.
# - Vous êtes contre tout ce qu'on a fait depuis la dernière guerre, me disait cette dame.
- Vous vous trompez de date. Je suis contre tout ce qu'on a fait depuis Adam.
# L'avantage non négligeable d'avoir beaucoup haï les hommes est d'en arriver à les supporter par épuisement de cette haine même.
# C'est une grande force, et une grande chance, que de pouvoir vivre sans ambition aucune. Je m'y astreins. Mais le fait de m'y astreindre participe encore de l'ambition.
# L'Occident : une pourriture qui sent bon, un cadavre parfumé.
Hosni
par Cmax le 08/11/2008 à 18h07
Il y a bientôt deux ans, j'avais posté ces deux croquis ici. J'avais fait la connaissance aux campements de Don Quichotte d'un dénommé Hosni, 36 ans aux compteurs, dont 7 passés dans la rue. Toujours accompagné de sa bouteille de mauvais vin et, parfois, d'un oeil au beurre noir.
Nous sommes restés en contact régulier depuis. Cet après-midi, je suis allé visiter son appartement et il m'a présenté son chat - "Clochard" de son prénom - autour d'un jus d'orange.
Sans trait !
par Cmax le 07/11/2008 à 10h30

Algeria
par Cmax le 05/11/2008 à 17h51

Le titre de la note car j'écoutais à cet instant la chanson éponyme, de Tony Gatlif ( BO du film Exils - bande-annonce si on clique -). Comme ça, vous savez tout.
Cauchemar
par Cmax le 03/11/2008 à 22h11

Et la chanson " Je voudrais pas crever " de Vian, reprise par Romain Humeau si on veut un peu de musique.













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